Elle donne à Georges l’argent qu’elle avait obtenu de la vente des pianos.
Il était affolé.
- Je vais le porter tout de suite à l’agence d’Auxerre.
- Je pense qu’il faut le garder ici. Je vais en avoir besoin pour partir.
Elle lui expliquera ce qu’elle avait prémédité.
Georges sortit néanmoins la camionette grise et alla déposer une partie de l’argent dans un coffre à Auxerre.
Les travaux de la petite maison au lierre avançaient au rythme que l’entrepreneur avait promis.
Ils longèrent la pelouse trempée et la roseraie.
Ils allèrent voir, avec admiration, avec satisfaction, la nouvelle salle de bains minuscule.
Pour le reste ce n’étaient encore que plâtre et cravats.
La façon de procéder qu’avaient imaginée les ouvriers était compliquée parce que, pour ne pas gêner Georges, ils passaient par la rivière. Ils entreposaient leur matériel dans une barge de pêcheur.
Georges lui dit quand le soir fut tombé :
- Je vais sans doute faire réaccorder le piano. Je voudrais que te regardes. Je voudrais que tu me joues quelque chose maintenant.
- Quoi ?
- Quelque chose comme autrefois quand ta mère acceptait qu’on dorme chez Véri.
- Non. C’est idiot.
- Alors quelque chose que tu aurais vraiment envie de jouer dans ce moment de ta vie. Je veux dire : ce que tu as envie, là, une toute petite chose, au fond de toi, de jouer maintenant.
- Dans ce cas j’ai quelque chose, bien sûr. J’ai ce que me hante. Tu es comme Véri!
- Souviens-toi que Véri était une bien meilleure amie pour moi qu’elle ne l’a jamais été pour toi !
Ce ne fut pas long. C’était un Érard très étroit, très pâle, presque jaune, fragile, au toucher extrêmement léger.
Le piano rendait un son de clavicorde.
Mais, quand elle eut terminé, ils n’osèrent pas se regarder. Ils avaient tous les deux des larmes quie étaient montées sur le bord des paupières et qui hésitaient.
